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Solveig se retourne dans son lit, rabat sur son corps la couverture dans l'espoir ténu d'être bercée par le confort d'une chaleur. En vain. Et c'est encore en vain que la jeune fille clos ses paupières, chassant de son esprit ces paroles qu'elle ne connait que trop bien pour se les être répéter en boucle. Quelle heure peut-il bien être ? Elle n'en n'a pas la moindre idée. Sa seule certitude consiste en un jour, à moins que ce ne soit une nuit... Vendredi soir ou samedi matin ? Comment savoir, tout est si confus dans sa tête, sa tête si lourde, ses pensées obsessionnelles, les paroles sont des boomerangs qui reviennent sans cesse, des lames qui sèment le trouble dans son corps. Est-ce son humeur qui trouble ainsi mon sang ?! Une saignée serait-elle un remède à son obsession... Oui, le sang, chaud, vermillon, rouge, rouge comme un vin que l'on vide d'un trait. D'un trait, n'est-ce pas mon cœur, il suffit d'un trait pour te percer, de traits pour t'attendrit, mais connais-tu seulement une trêve mon cœur ? Signes tu des traités mon âme ? Vas-tu donc te taire mon éternel ? Faudra-t-il que je me flagelle ma belle pour que tu te taises mon éternelle voleuse de sommeil ?
Tic. Tac. Tic. Tac... Lalalalalala
Assez, paix mon âme, cesse mon cœur, silence mes pensées! Silence! Silence l'horloge! Qu'elle lui est odieuse cette horloge, cette foutue horloge et son Tic Tac, son armée de Tic Tac, ses singeries cadencées, son charabia sans seconde ni minute, son tête-à-tête si creux avec le silence. Et elle, moi, oui elle! Y pense-t-on à elle? Y songes-tu l'Horloge à son sommeil ? Y songes-tu Tac à ses tics ? Dis, t'y crois Tic toi à ces sons qui se déhanchent sur ton rythme pluvieux ?
Est-ce cela la folie ? Comment savoir lorsque l'on n'a jamais été diagnostiquée comme telle (ou presque ) ? Ballotée entre un sommeil entouré de parenthèses brumeuses et des pensées qui germent dans l'esprit, vertes, tendres et grasses comme une belle pelouse mais se meurent aussitôt au soleil ardent de ses incertitudes. Pas une position ne semblait satisfaire ses exigences physiques. Son corps, à moins que ce soit son âme, s'étirait en des sens, ou serait-ce son esprit qui divague, ses muscles se consumaient, et son esprit englué dans un sable mouvant de visions versait le trouble dans ses veines.
La chaleur. Oui, ça devait être cela. Avec l'air qui se fait plus doux la machine se détraque, le refroidissement devient plus compliqué, les sens se chamboulent, c'est tantôt le Styx qui glace les veines tantôt une coulée de lave qui brûle atrocement. Mais la chaleur, cette supposée chaleur comment la ressentir dans des cachots, sous terre, bien au frais comme des vers ?! C'en était désespérant, désespérant de ne point trouver de remède au mal qui rongeait sa nuit. Un simple drap blanc, un linceul recouvrait son corps glacé par les courants froids qui agitaient le fleuve de ses pensées, allongée sur le lit elle fixais le plafond, l'œil fiévreux agité de violentes visions. Méchant, méchant Inconscient qu'elle ferait brûler en place publique revêtu du costume des hérétiques, des traîtres à leur foi, des sorcières, des empoisonneuses de sens si elle n'était pas happée par la vision délirante d'une blanche Ophélia pareille au lys, blanche dans ses habits, belle avec ses fleurs dans les cheveux et morte, morte comme son père.
Comme la tombe est froide se dit Ophélia. Comme ce crâne est nu, nu comme un vers. Mais où est donc ta langue dit Hamlet, où est-il ce fouet qui faisait danser la cour par son rire acide ? Elle est belle Ophélia, n'est-ce pas qu'elle est morte Ophélia ? Lisse, le beau lys est froid comme un ver, à moins que ce ne soit un inconnu, un trépassé que j'étreigne ? Perdue dans son délire, tiraillée par ses visions nocturnes elle était tantôt cette Ophelia pleurant un amant, tantôt ce Hamlet disant vrai devant ce crâne. Mais elle qui était-elle... Ô que ma quille éclate, que sa tête s'écrase, que ses pensées se répandent en vipères traîtresses, mais que tout cesse, que la nuit reprenne ses droits! Dis la Nuit, n'est-ce pas que tu vas la prendre dans tes bras, n'est-ce pas que tu vas l'étreindre, promets le, promets lui que tu la tueras la Nuit, que tu la dévoreras, tu feras d'elle un nourrisson de sabbat pour Goya, tu la noieras dans tes entrailles la Nuit ?! Le spectre, le spectre de la belle Ophelia à qui l'on conta fleurette serait-il le trait d'union de ses angoisses, le jouet de son inconscient ?
Est-ce l'eau froide d'une rivière qui glisse sur ses seins, frappe son cœur de ses vagues ? Les mauvais rêves... Les vilains songes... Les songes d'une nuit d'été son âme. La tête lourde de songes effrayants, le corps agité de soubresauts, l'échine moite elle tirait à moi les draps, les repoussait pour à nouveau les tirer, expier sur leur tissu ses fautes, ses offenses que son inconscient s'amusait à lui rappeler sous la torture du non dit. Elle est belle Ophelia, n'est-ce pas qu'elle est belle ? Belle comme un lys, blonde comme un soleil et vierge comme la Marie mais morte, trépassée, arrachée des berges par les roseaux tentateurs. Revoyons la scène... Oui, rejoues donc lui la scène son esprit, tortures donc âme, enfonces donc tes griffes dans sa chair jusqu'au sang, jusqu'à l'expiation ...
Folle, elle est folle de douleur la pauvre enfant. Père, frère, amant... Tout cela tombe en ruine. Ses paroles sont sensées, sensées comme celles d'un pauvre fou. Elle s'en va cueillir des fleurs sur la berge, des fleurs pour la grande putain, des fleurs pour l'ignoble fratricide, des fleurs pour son esprit dérangé. Le joli lys s'étale en une blanche corolle dans l'eau, chante, chante les sirènes et se noie... Se noie... Elle ne chante plus, c'est l'eau froide d'une rivière, forte et indifférente qui noie ses poumons. Peut-être s'est-elle débattue, avait-elle seulement conscience de périr...
Conscience... Ophélia est tuée par Shakespeare, noyée par sa rivière mais Solveig ... Elles est de chair, de sang, d'os et elle est de peur, de mirages, de sentiments, de douleurs, de pleurs au fur et à mesure qu'elle s'éveille, qu'Ophelia ne demeure qu'un violent songe. De pleurs, de larmes d'incompréhension alors qu'elle respire à grande goulée, agitée de sanglots, trempée de sueur et de peur, ses draps rejetés, des visions de noyée par rafales.
Tic Tac Tic Tac... Le tic tac de l'horloge lui semble rassurant, le temps est là, elle est dans ses limites rien ne peut donc lui arriver, elle est sauve des grands yeux traversés de folie de cette pauvre fille. Longtemps, longtemps elle est restée sur mon lit, silencieuse et recroquevillée sur elle même, en elle à se balancer d'avant en arrière. Jusqu'à ce que la sueur sèche, jusqu'à ce que ses sens lui dictent leur loi, que son esprit chasse ses craintes verdâtres, jusqu'à ce que le tic tac de l'horloge devienne familier, lointain. Alors elle se lève parce qu'elle ne peux dormir, peut-être est-ce la peur qui guette tapie sous son lit, ou alors la fixité brillante de son regard. J
Elle entre dans la salle de bain vêtue de sa nuisette, elle est habillée et alors ?! L'eau coule, elle sursaute à son contact chaud et doux mais aussitôt un frisson lui secoue le corps, elle ferme les yeux, sa respiration s'accélère jusqu'au dénouement. Ce n'est rien, rien de plus qu'un vilain petit souvenir. Un leger regard dans le miroir, et elle remarqua que ce rêve l'avait modifier physiquement. Elle savait ce qu'elle était. Une vélane.
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